Impressions de projection

par Emmanuel Audrain

DOCàDOM chez Danielle et Alain Le Goff, Guidel, le 4 juillet 2015

Les enfants ne s’y trompent pas, cette soirée va être une belle soirée ! Une clairière, un chemin de vieux tapis, des guirlandes de lampes colorées, un écran au pied d’un grand arbre, un monticule de couvertures… Garçons et filles, courent en tous sens et sautent dans le tas ( de couvertures ), en se jetant en l’air. C’est joyeux ! D’autant, qu’une fanfare « Cool on the Blavet » y va de son tempo.

Les adultes, dans le soleil couchant, devisent avec plaisir. Quand ils commencent à s’emmitoufler, le premier film commence. Nous voici à Cuba. Des gens des campagnes disent leur émotion d’accueillir le « cinéma ambulant  et militant ». Por primera vez, ils se sentent « considérés ». Nous aussi. Les 60 spectateurs assis, couchés, debout, tous adhérant d’une association itinérante qui aura bientôt deux ans « J’ai Vu Un Documentaire ! ».

( Dans une grange, pour le public des enfants, un dessin animé commence… )

Devant l’écran, au pied de notre grand arbre, en ombres chinoises, Nicolas Le Gac

( L’initiateur de toute cette aventure ) nous introduit le second film, Vive le Tour ! de Louis Malle. 19’, 1966. « Un film qui donne envie de faire du cinéma. » C’est vrai. Les images sont au plus prés des visages des coureurs. La musique de Georges Delerue est superbe. Par petites touches, on comprend tout du dopage et l’on mesure la somme de souffrance que représente chaque étape. « Sans la montagne, le Tour n’existerait pas. »

Nicolas Le Gac, de nouveau, dans son rôle de passeur. « Daphné ou la belle plante est un film audacieux… Vous allez vous attacher à la voix d’une strip-teaseuse, mais elle va rester « en off » de bout en bout. Vous ne la verrez jamais à l’image. Cela donne une grande force à son propos, joies et souffrances mêlées… Le contrepoint, ce sont des plans de fleurs, d’arbres… Des végétaux coupés, taillés, modelés… Je vous laisse découvrir… »

Quatrième film, Quelque chose des Hommes. Un « grand film » de 27’. Un format inhabituel, mais une réalisatrice connue, Stéphane Mercurio. Une maison de production au parcours, toujours engagé, Iskra Films. « Un film libre. » Ce documentaire s’attache à un Photographe ( Grégoire Gorganow ) qui convoque devant son objectif, des couples de pères et de fils. La règle, avoir le torse dénudé. La liberté, s’installer comme on le souhaite. Certains, sont tout de suite dans la proximité. Pour d’autres, c’est plus incertain. Le Photographe invite à oser un bras par-dessus l’épaule. Il propose de fermer les yeux… La caméra et le magnétophone de la cinéaste captent, donnent à voir. Et à s’émouvoir. Chacun est renvoyé à lui-même. Je pense à mon père, à mon beau-fils…

Quand le film se termine, des applaudissements fournis montent vers les étoiles…

C’est l’entracte. Nous partageons ce que chacun a apporté. Salades, gâteaux… La multiplication des pains. Et des paroles ! Mon voisin me glisse : « Une seule fois, j’ai osé dire à mon fils que je l‘aimais. Et encore, c’était par lettre. Ce film me donne envie d’oser. Plus. » Tout est dit.

Certains spectateurs partent discrètement ( « Demain, je travaille tôt ! ») D’autres, prolongent. « Un dernier documentaire, une forme courte », annonce Nicolas, infatigable.

À plusieurs, nous faisons circuler une boîte à chaussures, « la Cagnotte ». « Chacun donne ce qu’il veut, précisons-nous. » Les uns et les autres, nous savons combien c’est important. « À la fin de l’année, si on ne réussit pas à pérenniser l’emploi de Nicolas, ces 40 Projections que l’Association organise dans l’année, disparaîtront. »

Ce serait dommage. ( Les enfants, qui se sont endormis joyeux, sont d’accord ! )

EA.

(Quelques photos de ce beau moment)