Nos amis de Documentaire sur grand écran vont mettre en ligne dès lundi 12 avril des films d’une nouvelle génération de cinéastes algériens, née dans les années 2000. Un cinéma décolonisé, affranchi du poids des ex-colonisateurs mais aussi du “roman national” réécrit par le pouvoir en place.

Lien de visionnage : https://vimeo.com/showcase/8351718  (ou cliquez sur les images / les titres ci-dessous)

3 films seront à voir jusqu’au 22 avril :

Un film de Mohamed Ouzine (2015 / 61 minutes)
Filmé par son oncle, Samir perd peu à peu l’esprit, enfiévré par les vapeurs du pétrole dont il fait la contrebande. Samir se demande quel intérêt son oncle peut bien trouver à sa personne et à ces espaces désolés à la frontière de l’Algérie et du Maroc.
 
 

Mohamed Ouzine revient dans sa région d’origine, montagneuse et sèche, où son neveu Samir est resté vivre. Samir y vit de la contrebande de pétrole. Il transporte la marchandise à dos de mulet de son village algérien à la frontière marocaine. Mohamed, qui vit en France, porte la nostalgie de cette terre qu’il n’a pas connue et filme Samir comme un double qu’il aurait pu être. Le jeu de miroir est difficile, Samir dévoile petit à petit ses frustrations, son envie de partir, lui aussi. La beauté du film tient dans ce fil ténu commun entre eux, ce rapport ambivalent à cette terre. Un paysage de sables et de roches arides qui sont la vie de Samir et le rêve de Mohamed.

Annick Peigné-Giuly
Directrice artistique du festival Corsica.Doc et présidente de Documentaire sur Grand écran

Un film de Narimane Mari (2013 / 77 minutes)
Les enfants jouent à la bombe dans la mer, pendant que les adultes jouent à la bombe dans la ville : Alger Mars 1962. Ça pète de partout. Et pendant que l’armée française mitraille l’OAS, les enfants pillent l’armée française : de l’huile, du chocolat, la semoule, le sucre, et même un prisonnier de guerre condamné à manger un plat de haricots. Mais la guerre rattrape la belle aventure et ensanglante les haricot.
 
 
Rejouer l’Histoire d’hier avec l’imaginaire d’enfants d’aujourd’hui. Rejouer la guerre de Libération nationale algérienne de 1962 avec des petits Algérois de 2013. C’est là le point de départ du tournage de cet audacieux premier film de la productrice Narimane Mari. De là, les enfants se sont emparé des règles du jeu avec la force transgressive de leur âge, se lançant dans une chorégraphie guerrière échevelée sur une plage algérienne, suivie au plus près par la caméra de Nasser Medjkane. Le film est affolant de liberté et de spontanéité, déroutant de puissance et de fragilité. Au-delà de la guerre de Libération, c’est de la liberté individuelle qu’il s’agit, au sens le plus universel qui soit.

Annick Peigné-Giuly
Directrice artistique du festival Corsica.Doc et présidente de Documentaire sur Grand écran

Un film de Jamel Kerkar (2016 / 111 minutes)
Une discipline poétique qui consiste à se tenir face aux ruines et à faire resurgir sa mémoire, ses souvenirs du visible vers l’invisible. Entre 1991 et 2002, l’Algérie en proie au terrorisme a connu officiellement la perte de 200 000 vies.
 

C’est à Ouled Allal, village symbole de la guerre civile en Algérie, que Djamel Kerkar a tourné ce premier film. Un village de l’arrière-pays d’Alger ravagé dans les années 90 par les affrontements entre le Groupe islamique armé (GIA) et l’armée nationale. Un prologue aux images tremblantes d’une cassette VHS d’époque rappelle le drame du village dévasté. Le film est celui du regard porté par ses habitants sur ces ruines (“atlal”). Trois hommes, de générations différentes, chassés de chez eux par les islamistes, qui ont fait l’expérience de la guerre, de la misère. Mais il ne s’agit pas là de simplement ressasser la souffrance des habitants du village. Il s’agit, comme le font les fils, nés en plein cauchemar, de slamer une parole libératrice.

Annick Peigné-Giuly
Directrice artistique du festival Corsica.Doc et présidente de Documentaire sur Grand écran